Extraits de textes

Daniel Kempa & Corinne Gense : éco-interprètes, auteurs

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Voyage au cœur

de l’archipel

papillon

Chapelet de lave surgi de l’Océan Primitif il y a des millions d’années, l’arc Caraïbe enferme en son sein “Kaloukaera” l’amérindienne, rebaptisée Guadeloupe par les conquistadors au XV e siècle. C’est peu dire que cet arc, surnommé la “Crête de l’Iguane” par les peuples premiers, a accueilli sur ses îles volcaniques nombre de destinées. Venus du Bassin de l’Orénoque entre les V e et III e siècles avant J.C., les Kallinagos apporteront avec eux la civilisation “du manioc amer”, culture semi-nomade, forestière et marine. À partir des rives Nord de l’Amérique du Sud, sur leurs longues pirogues appelées kanaoa, ils caboteront d’îles en îles jusqu’à cette “terre aux gommiers” d’où s’écoulaient de fantastiques chutes d’eau qui deviendront plus tard un haut lieu de spiritualité…


À la croisée

des mondes

II y a plus de 50 millions d’années, du fond de l’océan apparaissait l’arc primitif des Petites Antilles, archipel de lave surgi à l’aplomb de la ligne de chevauchement des plaques caraïbe et atlantique. Mastodontes tectoniques en perpétuelle dérive, celles-ci engendreront plus tard deux arcs bien distincts, l’un ancien, l’autre récent, sur lesquels la Martinique occupera de sa naissance à nos jours une place unique dans toute la Caraïbe : le point de jonction. À l’échelle de l’existence d’autres terres émergées de par le monde, les îles des Petites Antilles sont donc d’une extraordinaire jeunesse. C’est sans doute ce qui en fait, avec leur situation aux latitudes tropicales et à la croisée des influences marines océaniques et caribéennes, des terres d’une si rare vitalité…


L’île des cimes

et des rivages

sublimes

Pour façonner un joyau minéral, il faut parfois que des forces titanesques s’affrontent. Ainsi est née la Corse. Une pression phénoménale, exercée par la plaque tectonique africaine sur la plaque eurasienne, a peu à peu fait craquer, du côté des massifs de l’Estérel et des Maures, tout un pan de notre continent, créant ainsi le bloc corso-sarde, terre cristalline en dérive géographique depuis près de 20 millions d’années. Formée dans un premier temps à l’ouest par ces roches vieilles d’environ 300 millions d’années et, dans un second temps, à l’est, par un segment de la chaîne alpine soulevée plus tard par cette même poussée extraordinaire, traversée par un sillon central, la Corse est un trésor géologique, creuset d’étonnantes métamorphoses…


Au pays

des lagunes et

de la langue d’Oc

Il est dit au pays des lagunes et de la langue d’Oc que les vents qui déferlent de terre et glissent sur la mer sont les esprits des lieux. Si tramontane, cers, grec et marin pouvaient parler, ils raconteraient ces 20 000 ans d’histoire au cours de laquelle, des âges glaciaires à nos jours, le niveau de la Méditerranée, jadis plus bas de 120 mètres, remonta peu à peu pour former les lagunes languedociennes. Mémoire des crues centennales engendrées par les déluges d’automne, ils témoigneraient de la force des rivières et des fleuves charriant leurs cortèges de bois flottés, modifiant à loisir les graus naturels, exutoires soumis aux caprices des eaux ; Tech, Aude, Orb et Virdoule comme autant de cordons ombilicaux reliant le continent à la mer, gavant les lagunes de sédiments, jusqu’à leur lent mais inexorable comblement…


Rivages

d’Armorique

Au plus profond de la mémoire bretonne, se mêlent de gigantesques chaînes de montagnes et de sublimes rivages maintes fois redessinés au fil du temps. Il y a des centaines de millions d’années, le massif armoricain prenait forme. Sur ses contours, la mer océane, au gré des glaciations et des réchauffements planétaires, s’avancera puis se retirera, jusqu’à un moment ne laisser de la Manche qu’un large fleuve. Tour à tour, fracas de glaces, souffle de vents, roulement de vagues, écoulement de rivières et trombes de pluie modèleront les côtes de Bretagne. Îles et îlots, falaises, vallées littorales, anses et marais se formeront peu à peu. Peuplés de végétaux et d’animaux originaux, ces milieux n’évolueront que très lentement pour se rapprocher, il y a seulement quelques milliers d’années, des paysages actuels…


Au cœur de l’arc

atlantique

Sur ce littoral océanique qui s’étire à perte de vue, nature et histoire viennent de très loin, de l’immense océan qui relie l’Eurasie à l’Amérique et du tréfonds de la préhistoire. Terres et mers s’interpénètrent en profondeur, comme rarement ailleurs, donnant naissance par leur union féconde à une grande richesse biologique. Sur des centaines de kilomètres de rivages baignés par le flot et le jusant, l’alchimie de la vie s’exprime avec générosité, produisant un authentique émerveillement. Dans cet ouvrage, tel un poisson-pilote, le Conservatoire du littoral nous propose un chemin à suivre, la voie qu’il a résolument choisie, fort de la conscience et du travail des hommes et des femmes qui le font vivre depuis plus de 40 ans et qui veillent sur les plus beaux paysages côtiers de France. Merci à ces éclaireurs sans qui nous ne pourrions faire découvrir dans ce guide ces territoires hauts en couleur…


Voyage au pays

des vénérables

Au commencement étaient les graines. Tombées au pied d’un vieux sujet, transportées par un geai ou un écureuil, plantées par l’homme, toutes les graines d’arbre ont leur histoire. Parmi glands, faînes, châtaignes et autres semences de Bretagne et d’ailleurs, quelques-unes connaissent un destin hors du commun. On ne sait pourquoi, mais certaines d’entre elles prennent, une fois arrivées au stade d’arbre, une forme si harmonieuse qu’elles suscitent contemplation et poésie. D’autres deviennent si hautes et robustes qu’elles inspirent force et respect. De plus singulières se transforment en arbres de guérison ou de vénération. Quelle que soit la personnalité de ces arbres remarquables, tous ont en commun d’être d’intimes compagnons de l’homme, qu’il soit paysan, poète ou promeneur…


Au royaume des

courants contraires

Un vent d’ouest se lève sur le Mor Braz. Il cingle de ses embruns la Vierge du goulet de Port Navalo, divinité protectrice de ce passage de tous les dangers. Quelle confiance inouïe pour ainsi porter sereine, face à l’océan, son enfant.
Serait-ce le signe d’une profonde harmonie entre la nature et le sacré, oubliée depuis trop longtemps par les hommes préoccupés par d’autres quêtes ? Suspendue depuis près d’une heure en vagues étales, la mer vient de se remettre en mouvement. Avec la force tranquille d’un flot puissant, elle se dirige inexorablement vers l’unique porte d’entrée du golfe du Morbihan…